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Analyse · Présidentielle 2027

Corse : le Sénat rejette par 181 voix contre 134 le texte modifié, pourtant voté par 122 LR sur 124

Analyse · La rédaction · 28 octobre 2026

Analyse · Rédigé le · Mise à jour

Décentralisation et subsidiaritéParlementarismeConstitutionnalisme

Couleur(s) d’idées (transparence) : Décentralisation et subsidiarité · Parlementarisme · Constitutionnalisme — Une décision se prend au plus près des gens quand c'est possible, et l'État répond quand on lui pose une question.

Lundi 26 octobre, le Sénat a rejeté le projet de révision de la Constitution sur l'autonomie de la Corse, par 181 voix contre 134 [1]. Les sénateurs Les Républicains ont voté pour à 122 sur 124 [1], mais pour un texte que le Sénat avait « largement réécrit » « à l'initiative de la droite », selon franceinfo [2]. Douze autres voix pour sont venues des groupes Les Indépendants - République et Territoires (9) et RDSE (3) [1]. Aucun sénateur centriste, socialiste, écologiste, RDPI ou Union nationale pour les territoires n'a voté pour [1]. Les communistes se sont surtout abstenus [1]. Le sénateur autonomiste Paul Toussaint Parigi a annoncé : « nous nous retirons du processus de Beauvau » [2]. Le gouvernement annonce une concertation rapide [4]. Un aboutissement avant la présidentielle « paraissait déjà très improbable », et les débats de lundi « éloignent encore plus cette hypothèse », selon franceinfo [2].

Le Sénat a dit non, mais à quoi ? Pas forcément à l'autonomie en général : 122 sénateurs LR sur 124 ont voté pour la version « largement réécrite » « à l'initiative de la droite », selon franceinfo. Mais ce rejet laisse en place la procédure de 1991, dont le rapport du Sénat lui-même dit qu'elle n'a donné que 13 « évolutions normatives » pour au moins 73 demandes, entre « manque de diligence des gouvernements » et demandes hors des conditions de la loi. Notre lecture : ce vote montre qu'on peut partager une partie du constat et se déchirer sur le remède. À notre avis, les candidats à 2027 ne pourront pas se contenter de ce « non ». Trois questions simples les attendent. Reprendront-ils le texte des députés, la copie rejetée par le Sénat, ou aucun ? Passeront-ils par le référendum ou par le Congrès ? Et, statut ou pas, obligeront-ils l'État à répondre aux demandes de la Corse dans un délai fixé ? C'est une opinion de la rédaction : ces lectures sont les nôtres. Seuls les faits cités (181 contre 134, 122 LR sur 124, 13 « évolutions normatives » pour au moins 73 demandes) sont sourcés, plus haut et ci-dessous.

La démocratie avant l’élimination.

Aquarelle d'une pile d'enveloppes vierges ficelées sur une table en bois, sur une terrasse en pierre, face à une côte montagneuse méditerranéenne et à une mer turquoise, dans une lumière d'automne.

181 « non » : ce que dit le scrutin, et ce qu'il ne dit pas

Le scrutin public n° 34 du Sénat donne les chiffres : 340 votants, 315 suffrages exprimés, 134 pour, 181 contre, 25 abstentions [1].

Qui a voté quoi ? Voici le tableau complet du scrutin [1] :

Scrutin public n° 34 du Sénat, séance du 26 octobre 2026, sur l'ensemble du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République
GroupePourContreAbstentionNe prend pas part
Les Républicains (124)122101 (Gérard Larcher, président du Sénat)
Union centriste et Indépendants (63)05805
Socialiste, écologiste et républicain (62)06200
Communiste républicain citoyen et écologiste - Kanaky (18)02160
Rassemblement démocratique et social européen (18)31311
Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (16)01420
Les Indépendants - République et Territoires (15)9060
Union nationale pour les territoires (15)01500
Écologiste - Solidarité et Territoires (15)01500
Non inscrits (2)0101
Total134181258

La seule voix LR contre est celle de Thierry Meignen. Bruno Retailleau, lui, a voté pour [1].

Franceinfo, avec l'AFP, l'explique ainsi : le texte a été « emporté par l'addition des voix des opposants à toute réforme et de ceux qui refusaient la copie sénatoriale » [2]. Franceinfo ne dit pas quel groupe relève de quel motif. Le tableau ne le dit pas non plus : il montre seulement que des groupes comme les socialistes et l'Union nationale pour les territoires ont fini dans la même colonne [1].

Car le texte soumis au vote final n'était plus celui des députés. Selon France 3 Corse, la séance s'est ouverte sur le texte adopté à l'Assemblée, puis « la Chambre haute » l'a « elle-même modifié tout au long de la journée » [11]. En amont, en commission, les sénateurs avaient adopté 7 amendements, qui proposaient notamment de reconnaître les « singularités » de la Corse « dans le respect de l'universalisme républicain », de donner un « caractère administratif » aux actes de la collectivité, de retirer du projet de révision l'inscription d'un « principe de non-régression » et de « sécuriser le pouvoir d'adaptation du Gouvernement » [7]. Franceinfo résume l'ensemble : à l'initiative de la droite, la chambre haute avait « largement réécrit » le texte, refusant notamment « d'inscrire dans le texte suprême l'existence d'une "communauté insulaire" » et « amoindrissant la portée des pouvoirs dérogatoires accordés à la collectivité de Corse » [2]. Le gouvernement parle d'« amendements de la droite sénatoriale » et juge qu'ils avaient « profondément modifié l'équilibre du texte » et l'avaient « éloigné de l'esprit de l'accord de Beauvau » [4].

Ce que chacun en dit

Le sénateur autonomiste Paul Toussaint Parigi (Femu a Corsica selon franceinfo, inscrit au groupe Union centriste et Indépendants, et qui a voté contre [1]) a parlé, selon franceinfo, d'« une majorité archaïque » qui a « choisi ce soir de détruire un accord politique équilibré », avant d'annoncer : « nous nous retirons du processus de Beauvau » [2]. Il a ensuite quitté l'hémicycle avec plusieurs élus autonomistes et nationalistes venus assister aux débats [2]. Le maire de Bastia, Gilles Simeoni, a dénoncé « une volonté claire de mettre à bas tout cela » [2].

Corse-Matin rapporte aussi les réactions de deux élus de droite. Jean-Jacques Panunzi, sénateur de Corse-du-Sud (groupe LR [1]), s'est dit « un petit peu déçu de ne pas avoir été au bout de la discussion » et a jugé que « la méthode utilisée n'a pas été la bonne » [3]. Jean-Martin Mondoloni, chef du groupe « Un Soffiu Novu » à l'Assemblée de Corse, reproche aux autonomistes de « feindre d'être surpris » [3].

Le gouvernement, lui, affirme dans son communiqué du 27 octobre que ce rejet « ne saurait donc être interprété comme un rejet du principe de l'autonomie de la Corse » [4]. La ministre Françoise Gatel réunira « dans les prochains jours » les élus corses et des représentants des deux assemblées, pour chercher « une rédaction commune » [4]. Selon les informations de France 3 Corse, le Premier ministre Sébastien Lecornu « pourrait organiser cette réunion dès la semaine prochaine » ; le titre de l'article dit qu'il « devrait » le faire [5].

La procédure de 1991 : 13 « évolutions normatives » sur « au moins 73 » demandes

Il existe déjà une procédure : depuis le « statut Joxe » de 1991, les élus de l'Assemblée de Corse peuvent demander au gouvernement d'adapter des règles nationales [6]. Selon le rapport de la commission des lois du Sénat, ils l'ont fait « au moins 73 » fois, sur la langue, le tourisme, la santé, la chasse, la fiscalité ou l'environnement [6][7]. Résultat : « seules 13 des 73 demandes d'adaptation ont donné lieu à une évolution normative » [6]. Autrement dit, en nos mots : 13 seulement ont changé une règle.

Le rapport y voit deux causes : « le manque de diligence des gouvernements successifs », et des demandes qui ne respectaient pas toujours les conditions prévues par la loi [6]. Sur la première de ces deux causes, la rapporteure Muriel Jourda (LR) a été directe : « faute de réponse du Premier ministre, la procédure s'arrête » [8].

Ce chiffre ne disparaît pas avec le rejet du texte. Il décrit le cadre qui reste en place après ce rejet, comme la pile d'enveloppes de notre illustration.

Avant 2027 : un aboutissement encore plus improbable, selon franceinfo

Une révision de la Constitution suit l'article 89. Les deux assemblées doivent voter exactement le même texte. Ensuite, s'agissant d'un projet de loi constitutionnelle, il faut un référendum ou, si le président de la République le décide, un vote du Parlement réuni en Congrès, à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés [9]. Aujourd'hui, l'Assemblée a voté un texte [10], et le Sénat n'en a voté aucun [1].

Franceinfo le note : un aboutissement avant la présidentielle « paraissait déjà très improbable », et les débats de lundi « éloignent encore plus cette hypothèse » [2]. Pour aboutir, il faudrait d'abord que les deux chambres votent le même texte, puis un référendum ou un Congrès, comme le prévoit l'article 89 [9]. Le rapport compte « au moins 73 » demandes et 13 « évolutions normatives » [6]. Notre calcul : le rapport compte ces demandes « sans prétendre à l'exhaustivité » ; sur les 73 qu'il recense, 60 n'ont pas débouché sur une « évolution normative ».

L'opinion de la rédaction

Le Sénat a dit non, mais à quoi ? Pas forcément à l'autonomie en général : 122 sénateurs LR sur 124 ont voté pour la version « largement réécrite » « à l'initiative de la droite », selon franceinfo. Mais ce rejet laisse en place la procédure de 1991, dont le rapport du Sénat lui-même dit qu'elle n'a donné que 13 « évolutions normatives » pour au moins 73 demandes, entre « manque de diligence des gouvernements » et demandes hors des conditions de la loi. Notre lecture : ce vote montre qu'on peut partager une partie du constat et se déchirer sur le remède. À notre avis, les candidats à 2027 ne pourront pas se contenter de ce « non ». Trois questions simples les attendent. Reprendront-ils le texte des députés, la copie rejetée par le Sénat, ou aucun ? Passeront-ils par le référendum ou par le Congrès ? Et, statut ou pas, obligeront-ils l'État à répondre aux demandes de la Corse dans un délai fixé ? C'est une opinion de la rédaction : ces lectures sont les nôtres. Seuls les faits cités (181 contre 134, 122 LR sur 124, 13 « évolutions normatives » pour au moins 73 demandes) sont sourcés, plus haut et ci-dessous.

Courants que cette analyse rejoint

  • Décentralisation et subsidiarité (lecture de la rédaction) : une décision se prend au plus près des gens quand c'est possible, et l'État répond quand on lui pose une question.
  • Parlementarisme (lecture de la rédaction) : le Parlement a le droit de dire non ; à notre avis, il gagne à dire clairement à quoi.
  • Constitutionnalisme (lecture de la rédaction) : on écrit dans la Constitution qui décide de quoi, au lieu de renvoyer l'essentiel à plus tard.

En tension avec (lecture de la rédaction) : le centralisme qui laisse les demandes sans réponse (l'une des deux causes relevées par le rapport du Sénat, avec des demandes hors des conditions de la loi [6]), et un rejet final sans majorité de rechange sur un texte unique.

Sources

Consultées le 27 octobre 2026.

Sénat, Assemblée, presse et textes officiels

Les faits sont sourcés ci-dessus, consultés le 27 octobre 2026.

Liens LMDPT

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