Le Média du Premier Tour

Pluralité, faits sourcés, vote pour — pas contre.

Enquête · écoles de journalisme et pluralité

Écoles de journalisme : l’assemblée des courants ne se laisse pas compter

Enquête documentaire · Rédigé le · Mise à jour

Pluraliste / transversalGauche (débat)Droite (débat)Le Pen / RN

Couleur(s) d’idées (transparence) : Pluraliste / transversal · Gauche (débat) · Droite (débat) · Le Pen / RN — Le texte documente plusieurs courants sans en désigner un vainqueur.

Personne ne sait pour qui votent les diplômés des écoles de journalisme. Il n’existe pas de scrutin public. En janvier 2026, la CPNEJ reconnaît 16 cursus : un parcours certifié, pas une teinte. Onze de ces cursus sont portés par une université. Le livre blanc de 2023 en chiffrait neuf, pour 292 places ; le critère officiel de « diversité » vise la société, pas les camps. Le 11 décembre 2025, la commission d’enquête n’a entendu qu’une de ces universités, l’IJBA, à côté de l’ESJ Lille et de Sciences Po. Les sièges des courants restent vides, dans les universités comme ailleurs. La carte de presse ne les remplit pas : en 2025, elle sépare les pigistes des contrats courts, et elle n’inscrit un média que sur la carte des contrats à durée indéterminée.

Angle LMDPT. Peut-on asseoir les courants politiques à la sortie des écoles sans scrutin, ou faut-il laisser les sièges vides ?

Enquête documentaire du Média du Premier Tour (ligne : la démocratie avant l’élimination). Synthèse de sources publiques : liste CPNEJ, inventaire Onisep, livre blanc de la Conférence des écoles de journalisme (2023), avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur (21 mai 2021), chiffres CCIJP, portrait Afdas, compte rendu d’audition de l’Assemblée nationale du 11 décembre 2025, entretien de Dominique Marchetti dans Sciences Humaines, communiqué de l’Arcom du 11 juin 2026, décision de cassation rapportée par franceinfo le 17 janvier 2024, chroniques RFI et de la médiatrice de Radio France, dépêche France 24 du 19 septembre 2026. Aucune donnée personnelle d’étudiant n’est traitée. Aucune couleur politique n’est attribuée à un journaliste nommé. Ce texte n’est ni un classement des écoles, ni un vote fictif de leurs diplômés, ni un avis sur la ligne d’un média.

La démocratie avant l’élimination.

Croquis encre et aquarelle : porte d’école, hémicycle de bancs presque vides et urne transparente

1. L’assemblée virtuelle, et pourquoi elle est vide

L’assemblée virtuelle, ici, marche comme pour les influenceurs. Un siège plein exige une position déclarée et sourcée. Un siège en pointillé n’est qu’une estimation documentaire. Sans donnée, on laisse le vide. On ne le comble pas par une impression.

Appliquée à la sortie des écoles, cette assemblée demanderait une chose simple : savoir, promotion après promotion, quels courants du premier tour sont présents parmi les diplômés. Cette chose n’existe pas. La Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels ne publie pas de variable politique. Les écoles entendues en décembre 2025 disent ne pas classer leurs étudiants ni leurs intervenants sur un axe gauche-droite.

Le point de départ n’est pas une morale. Seize cursus reconnus. Trois écoles entendues. Aucun siège attribué à un courant de diplômés.

Courants politiques à la sortie des écoles : statut des sièges
CourantSiègeMotif
GaucheSiège videOn dit souvent que les diplômés penchent à gauche. Aucun bulletin public ne le mesure.
Centre et bloc centralSiège videPas de bulletin non plus. Public et privé, cités à l’audition, ne font pas une couleur.
DroiteSiège videLe rapporteur classe des employeurs à droite. Ce n’est pas le vote des étudiants.
Rassemblement nationalSiège videLe nom apparaît dans l’audition, à propos de comptes personnels et d’un climat d’école. Aucune part de promotion n’est publiée.
Autres courants et non-déclarésSiège videL’abstention, le silence, les courants hors de l’axe : rien de tout cela n’est recensé.

2. Seize cursus reconnus, trois écoles entendues

En janvier 2026, la CPNEJ indique 16 cursus reconnus. La reconnaissance, annexée à la convention collective, vaut pour un parcours précis, pour une durée renouvelable. Elle ouvre des effets liés à la carte de presse. Elle ne dit rien de la couleur politique des admis. L’Onisep, le 21 janvier 2026, en donne l’inventaire lisible. Parmi une trentaine d’écoles, seules ces 16 sont reconnues par la profession.

Inventaire des 16 cursus reconnus et présence à l’audition du 11 décembre 2025
CursusLieuFormeAudition
CELSASorbonne Université, Neuilly-sur-SeineMaster, universitéNon entendue
CY Cergy Paris UniversitéGennevilliersMaster, universitéNon entendue
CFJParisÉcole privée reconnueNon entendue
CUEJUniversité de StrasbourgMaster, universitéNon entendue
École de journalisme de CannesIUT, Université Côte d’AzurBUT, universitéNon entendue
EJCAMAix-Marseille UniversitéMaster, universitéNon entendue
EJDGUniversité Grenoble AlpesMaster, universitéNon entendue
EJTToulouseÉcole privée reconnueNon entendue
EPJTUniversité de ToursMaster, universitéNon entendue
ESJ LilleLilleÉcole privée reconnueEntendue le 11 décembre 2025
IFPUniversité Paris-Panthéon-AssasMaster, universitéNon entendue
IJBAUniversité Bordeaux MontaigneMaster, universitéEntendue le 11 décembre 2025
IPJUniversité Paris Dauphine-PSLGrand établissementNon entendue
IUT de LannionLannionBUT, universitéNon entendue
École de journalisme de Sciences PoParisGrand établissementEntendue le 11 décembre 2025
Université de LorraineMetzMaster, universitéNon entendue

Treize cursus reconnus n’étaient pas dans la salle. Ne pas y être n’est pas une couleur. Les écoles hors liste — l’Onisep cite l’ISCPA, l’EDJ de Nice, l’IEJ, l’EFJ, l’ESJ Paris et Narratiiv — forment un autre ensemble. L’ESJ Paris n’est pas l’ESJ Lille. On ne les classe pas. Elles sont simplement hors de ce que la profession certifie.

Chiffres publics mobilisés, et ce qu’ils ne mesurent pas
IndicateurChiffreSourceLimite
Cartes de presse délivrées en 202534 784 cartes, dont 34 387 journalistes en activitéCCIJP, millésime arrêté au 31 décembre 2025Aucune variable politique. Aucune répartition par école dans ces chiffres clés.
Premières cartes 20251 858, en baisse de 8,9 % sur un anCCIJP, 7 janvier 2026Mesure l’entrée dans la profession, pas la couleur des entrants.
Part des cursus reconnus parmi les cartesDe 12,2 % en 2000 à 30 %Observatoire des métiers de la presse (Afdas), portrait publié le 19 mars 2025, données CCIJP 2023L’observatoire compte alors 14 cursus. La CPNEJ en annonce 16 en janvier 2026. Le pourcentage de 2023 ne se transporte pas tel quel sur la liste de 2026. Il mesure un poids de formation, pas un vote.
École de journalisme de Sciences Po, déclarations sous sermentEnviron 160 étudiants, 1 074 diplômés, reconnaissance professionnelle depuis 2009Marie Mawad, compte rendu n° 7, 11 décembre 2025Effectifs et rayonnement. Pas une composition politique de la promotion.

3. Dans les universités

Dans ce dossier, faculté veut dire université. Le tableau qui suit est celui des universités dont un cursus de journalisme est reconnu par la profession. Sciences Po et l’IPJ sont des établissements publics. Ils ne sont pas des universités : ils restent hors du tableau. Le CFJ, l’EJT et l’ESJ Lille sont des écoles privées. Elles aussi restent dehors.

En 1998, le Conseil des écoles publiques de journalisme regroupait déjà des formations d’université : Celsa, CUEJ, EJCAM, EPJT, IJBA. En 2012, il devient la Conférence des écoles, ouverte aussi au privé. Le livre blanc de 2023 compte alors quatorze cursus reconnus : onze publics, trois privés. Ici, on ne garde que les universités.

Le livre blanc date le premier agrément universitaire en 1968, au CUEJ de Strasbourg. L’IUT de Bordeaux, devenu IJBA, suit en 1975. L’ancienneté ne donne pas une couleur. Elle donne un statut : ces formations sont à l’université, donc sous un autre texte que la loi du 29 juillet 1982 sur l’audiovisuel, celle que le rapporteur a citée au directeur de l’ESJ Lille.

À l’université, ce n’est pas la loi audiovisuelle qui s’applique. L’article L. 952-2 du code de l’éducation, dans la rédaction de la loi du 24 décembre 2020, dit que les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs « jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression » dans l’enseignement et la recherche, sous les principes de tolérance et d’objectivité. L’avis du collège de déontologie, le 21 mai 2021, rappelle ce cadre. Il ne crée pas de quota de courants à la sortie d’un master. Tolérance et objectivité ne font pas un hémicycle.

Le critère 3 des règles de reconnaissance CPNEJ, reproduit dans le livre blanc, demande que l’établissement démontre ses efforts « pour recruter des étudiants qui reflètent la diversité de la société », avec des frais accessibles et, le cas échéant, des bourses. Le préambule exige des cursus distincts de la communication et le « respect de règles éthiques et de pratiques conformes à la déontologie ». L’article 10 de la convention collective, cité dans le même livre, exige un contrôle paritaire, des garanties pédagogiques, l’association de la profession au corps enseignant, et des statuts agréés par le ministre de l’éducation. Aucune de ces phrases n’impose un équilibre gauche-droite.

Universités reconnues, places du livre blanc 2023, présence à l’audition
CursusUniversitéAgrémentPlaces 2023Audition
CELSASorbonne Université198130Non entendue
CUEJUniversité de Strasbourg196848Non entendue
École de journalisme de CannesIUT, Université Côte d’Azur201328Non entendue
EJCAMAix-Marseille Université198530Non entendue
EJDGUniversité Grenoble Alpes200530Non entendue
EPJTUniversité de Tours198136Non entendue
IFPUniversité Paris-Panthéon-Assas200426Non entendue
IJBAUniversité Bordeaux Montaigne197536Entendue le 11 décembre 2025
IUT de LannionDépartement information-communication200428Non entendue
CY Cergy Paris UniversitéGennevilliersReconnu en janvier 2026Non chiffrées dans le livre blancNon entendue
Université de LorraineMaster journalisme, MetzReconnu en janvier 2026Non chiffrées dans le livre blancNon entendue

Les 292 places, c’est LMDPT qui les additionne, à partir du livre blanc de 2023, pour neuf universités. Les 48 places du CUEJ sont hors étudiants étrangers, hors parcours franco-allemand, hors reconversion. Le livre parle aussi de « près de 550 » entrants par an, concours principal, sur l’ensemble des cursus alors reconnus. Cergy et la Lorraine sont dans la liste CPNEJ de janvier 2026, et chez l’Onisep le 21 janvier 2026. Le livre blanc de 2023 ne leur donne pas de places : la case reste vide. Ces places ne sont pas des voix. Une seule université a été entendue le 11 décembre 2025, Bordeaux Montaigne, via l’IJBA. Son directeur a donné une répartition d’intervenants : environ 70 % de médias privés, 30 % de médias publics. On n’étend pas ce ratio aux dix autres.

4. Ce que dit l’audition du 11 décembre 2025

Le jeudi 11 décembre 2025, à 9 h 30, trois écoles passent sous serment. La commission enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Jérémie Patrier-Leitus préside. Charles Alloncle est rapporteur. Autour de la table : Pierre Savary et Corinne Vanmerris pour l’ESJ Lille (Vanmerris co-préside aussi la Conférence des écoles), Marie Mawad et Alice Antheaume pour Sciences Po, Arnaud Schwartz pour l’IJBA, l’autre co-président. Le président dit siéger au conseil d’administration de France Médias Monde depuis octobre 2024.

Faits tirés du compte rendu, avec renvoi à la source
FaitSource
Le président pose le cadre : pas de démocratie sans presse libre et sans information pluraliste. Il décrit une polarisation médiatique. Il demande comment les écoles enseignent déontologie, pluralisme et impartialité. Il ajoute qu’être de droite dans une rédaction marquée à gauche est difficile, « pour peu que cela existe ».Compte rendu n° 7, propos liminaires
Pierre Savary, interrogé sur la liste des intervenants : le recrutement ne repose pas sur une catégorisation politique ni sur le média d’appartenance. L’école cherche un équilibre public / privé, expérimentés / plus jeunes, femmes / hommes. Phrase retenue : « L’équilibre politique entre gauche et droite n’est pas un de nos critères. »Pierre Savary, ESJ Lille
Alice Antheaume décrit la liste transmise par Sciences Po : 175 noms. Critères invoqués : compétence, expertise, disponibilité, évaluations individualisées, exigences de la reconnaissance des cursus. Répartition déclarée par secteur d’emploi : 19 % au service public, 16 % indépendants, 65 % dans des médias privés.Alice Antheaume, Sciences Po
Arnaud Schwartz : même logique à l’IJBA, le choix repose d’abord sur l’expertise. Sur les intervenants annuels, 70 % viennent de médias privés et environ 30 % de médias publics.Arnaud Schwartz, IJBA
Charles Alloncle, sur la même liste de 175 noms : il dit n’y voir que deux intervenants du Figaro, peut-être sept de RMC « si tant est qu’on puisse classer RMC à droite », aucun de CNews ni de Valeurs Actuelles. Il estime la situation semblable à l’ESJ Lille et demande comment donner un sentiment de pluralisme d’opinion.Charles Alloncle, rapporteur
Marie Mawad répond que le média d’origine n’est pas le critère : beaucoup d’intervenants sont pigistes ou indépendants, avec plusieurs donneurs d’ordre. Elle cite une séance avec Margot Benn, grand reporter au Figaro. Le président demande si, au regard de l’audience de CNews, des journalistes de cette chaîne devraient intervenir au nom du pluralisme. Il rappelle des incidents d’avril 2024 à Sciences Po visant des journalistes de CNews et de BFM, qu’il juge inacceptables.Marie Mawad et le président
Sur le compte personnel de Pierre Savary, le rapporteur dit y avoir vu des repartages hostiles au Rassemblement national, à l’union des droites et à Nicolas Sarkozy, dont un message traitant Marine Le Pen de voleuse. Savary ne conteste pas ces repartages. Il les situe sur un compte personnel ouvert avant sa direction, libellé « journaliste, Lille » et non « ESJ Lille ». Il juge l’interprétation excessive. Il dit travailler avec les étudiants sur la méthode et l’honnêteté intellectuelle, « bien plus que sur les convictions de chacun ».Échange Alloncle / Savary

5. Deux lectures du pluralisme

Les deux côtés de la table disent « pluralisme ». Ils ne parlent pas du même objet. Aucune de ces lectures ne remplit l’assemblée virtuelle des diplômés.

Lecture du rapporteur et lecture des écoles, même structure
NotionLecture du rapporteurLecture des écoles
Ce qui se compteLa liste des intervenants est un indicateur. L’employeur est lu comme un camp : Figaro d’un côté, CNews et Valeurs Actuelles de l’autre, RMC sous réserve.Ce qui se compte, c’est l’expertise, la disponibilité, le secteur public ou privé, l’indépendance. L’employeur change au cours d’une carrière. Il n’est pas une carte d’adhésion.
Le critère gauche-droiteSans parité visible des médias classés à droite, le pluralisme d’opinion offert aux étudiants n’est pas crédible.L’équilibre gauche-droite n’est pas un critère de recrutement. L’enseigner serait classer des personnes, ce que les écoles disent refuser.
La parole du directeurUn compte suivi par des étudiants, s’il concentre la critique sur la droite et le Rassemblement national, fragilise l’impartialité que l’école prétend inculquer.Le compte est personnel. La pédagogie porte sur le traitement, pas sur l’absence de convictions. Choisir un sujet est déjà un parti pris ; la rigueur se joue ensuite.
Qui est dans la salleTrois écoles reconnues, interrogées au titre de la formation des journalistes de l’audiovisuel, y compris public.La Conférence des écoles, créée en 2012, dit coordonner les écoles reconnues par la convention collective. Ce jour-là, treize cursus reconnus ne sont pas à la table.

6. Ce qui ne se laisse pas compter

Dans les sources publiques utilisées ici, il n’y a pas de scrutin de sortie des écoles qui permettrait de comparer une promotion à un premier tour présidentiel. Sans ce dénominateur, une assemblée colorée serait une fiction présentée comme un fait. Le Média du Premier Tour s’interdit cette présentation.

L’idée que les journalistes seraient « tous de gauche » circule beaucoup. Dans Sciences Humaines (21 novembre 2025, propos recueillis par Marion Rousset), le sociologue Dominique Marchetti, spécialiste de l’espace journalistique, la situe moins dans la recherche que dans une bataille politique. Il vise en particulier une consultation « très contestable », commandée par la revue Médias lors de la présidentielle de 2012. LMDPT n’a pas ce fichier. Il ne lui donne aucun siège.

Les chiffres d’emploi des intervenants (19 % / 16 % / 65 % à Sciences Po ; 70 % / 30 % à l’IJBA) décrivent un secteur, pas un bulletin. Les lire comme une assemblée politique, c’est déjà choisir la lecture du rapporteur. Les lire comme une preuve de neutralité, c’est déjà choisir la lecture des écoles. Les deux dépassent le document.

7. Ce que LMDPT en retient

  1. L’assemblée virtuelle des courants à la sortie des écoles est ouverte, et elle est vide. Le vide est le résultat, pas un accident de rédaction.
  2. Seize cursus sont reconnus en janvier 2026. La reconnaissance certifie un parcours professionnel. Elle ne certifie pas une pluralité politique, et elle ne l’interdit pas non plus.
  3. L’audition du 11 décembre 2025 est une source primaire précieuse, et partielle : trois écoles sur seize, dont une seule université, Bordeaux Montaigne. On ne généralise ni Lille, ni Sciences Po, ni Bordeaux aux autres universités.
  4. Dans les universités, le cadre écrit est la diversité sociale, la déontologie et la liberté académique (critère 3 CPNEJ, article L. 952-2). Ce cadre ne remplace pas un scrutin de promotion. Les sièges des courants y restent vides.
  5. Deux objets sont souvent confondus : le pluralisme des intervenants (qui enseigne) et le pluralisme des diplômés (qui sort). Le compte rendu parle surtout du premier, et encore sous deux définitions incompatibles. Le second reste sans donnée.
  6. Le décompte « deux du Figaro, aucun de CNews » est une phrase du rapporteur sur une liste d’employeurs. Il n’est pas un sondage d’étudiants. L’école conteste le critère. Tant qu’aucune nomenclature commune n’existe, les deux récits coexistent.
  7. La part croissante des cursus reconnus dans les cartes de presse (12,2 % en 2000, 30 % dans le portrait 2023) dit le poids de ces écoles dans le métier. Elle ne dit pas pour qui leurs anciens votent. La CCIJP, en 2025, ne publie toujours pas cette variable.
  8. Prochaine marche utile, si les écoles ou la CPNEJ publient un jour une méthode : déclarer ce qui est mesuré (intervenants, stages, chartes) et ce qui ne l’est pas (vote). Jusque-là, attribuer des sièges sans scrutin serait prendre parti.

8. Conséquences

On ne peut pas dire de quelle couleur sort une promotion. Ni à Lille, ni à Bordeaux, ni à Strasbourg. Le dire quand même, c’est prendre une rumeur pour un scrutin.

La carte de presse ne répare pas ce trou. La formation n’est pas un critère d’attribution. Un diplôme reconnu raccourcit un stage. Il ne crée pas une opinion.

Les premières cartes de 2025 sont surtout des contrats courts. Beaucoup sont encore des alternances. La sortie d’école et l’entrée dans le métier se chevauchent. Un climat de rédaction n’est pas la photo d’une promotion.

La méthode du rapporteur, lire le camp dans l’employeur, s’arrête devant la pige. La carte des pigistes et des contrats à durée déterminée ne porte pas le nom du média. On ne peut pas y compter des Figaro ni des CNews.

Si ce dossier peignait les sièges malgré tout, il changerait un argument de bataille en fait établi. Dominique Marchetti a déjà situé cet argument. Le siège reste vide. Le dossier ne désigne pas un camp à la place des personnes concernées.

9. Trois durées

Chaque piste a son garde-fou. Sans lui, le dossier glisse vers un classement d’écoles ou un fichier d’opinions.

Pistes de court, moyen et long terme, avec le garde-fou de chacune
DuréeHorizonPisteGarde-fou
CourtCette saison, jusqu’à la fin 2026Tenir le dossier à jour : liste de la CPNEJ, nouvelle audition, chiffre de la carte de presse. Publier le vide. Demander aux écoles, par écrit public, ce qu’elles comptent déjà (insertion, diversité sociale) et ce qu’elles ne comptent pas (vote).Pas de palmarès d’écoles. Pas de nom d’étudiant. Une non-réponse reste une non-réponse.
MoyenD’ici le premier tour de 2027Étendre aux onze universités le seul tableau déjà donné sous serment par deux écoles : part d’intervenants au public, au privé, en indépendant. Rien d’autre.L’employeur n’est pas un camp. Les pigistes ont plusieurs donneurs d’ordre. Le décompte du rapporteur sur le Figaro ou CNews reste sa lecture, pas la nôtre.
LongAu rythme des agréments, quatre ans, et après 2027Garder l’assemblée des courants vide, sauf si une statistique agrégée et déjà publique paraît un jour. Le Média du Premier Tour ne lancera pas d’enquête d’opinion auprès des étudiants, des pigistes ou des rédacteurs.L’opinion politique est une donnée sensible. Constituer un fichier de votes, même pour documenter la pluralité, est hors charte. Le siège vide est la règle, pas une attente.

10. Pigistes et rédacteurs

Pigiste et rédacteur, ce n’est pas deux camps. C’est deux façons d’être payé. Le code du travail appelle journaliste professionnel celui dont l’activité principale, régulière et rétribuée, se fait dans une ou plusieurs entreprises de presse, et dont il tire l’essentiel de ses ressources. La commission paritaire des publications et des agences en tire une conséquence simple : ce journaliste est mensualisé, ou pigiste. Une facture ne suffit pas. La carte n’exige pas d’avoir suivi une école.

Chiffres 2025 des pigistes et des contrats courts, avec leur limite
IndicateurChiffreLimite
Pigistes, effectifs 20254 282 cartes, soit 12,3 % des effectifsCatégorie statistique séparée des contrats à durée déterminée pour la première fois cette année-là.
Contrats à durée déterminée, effectifs 20253 228 cartes, soit 9,3 %La mention « pigiste » imprimée sur la carte couvre, elle, la pige et le contrat court. Seul le contrat à durée indéterminée y fait figurer le nom du média.
Premières cartes 20251 858, dont 63 % en contrat à durée déterminéeParmi ces contrats courts, 693 personnes, soit 59,2 %, déclarent une alternance ou un contrat de professionnalisation. Les pigistes proprement dits sont 14,3 % des premières cartes. Les mensualisés en contrat à durée indéterminée sont 22,7 %.

La pige, c’est un salaire qui peut venir de plusieurs employeurs. La foire aux questions de la Commission le dit pour les frais de dossier : l’employeur principal, ou les deux principaux. Quelqu’un peut donc passer d’une rédaction que le débat classe à un bout à une autre qu’il classe à l’autre bout, sans que la carte le raconte.

Le rédacteur, au sens du métier, est celui qui écrit dans la rédaction, souvent mensualisé, parfois avec un titre. Le droit y assimile aussi des collaborateurs directs : rédacteur-traducteur, rédacteur-réviseur, reporter-dessinateur, reporter-photographe. Aucune de ces catégories n’est publiée avec une teinte. Le mot « rédacteur » ne donne pas un siège.

Pour l’assemblée virtuelle, le trou est des deux côtés. La carte qui nomme un média, celle des contrats à durée indéterminée, ne dit pas le vote. La carte qui ne nomme pas le média, pigistes et contrats courts, est celle par où passe une grande part des premières cartes, donc des sorties d’école. Aux deux bouts, aucune couleur politique n’est publiée.

La rédaction du Média du Premier Tour

Le site du Média du Premier Tour ne publie pas de liste de pigistes, ni de rédacteurs salariés, ni de masse salariale. Il n’y a donc rien à asseoir de ce côté-là non plus.

Ici, la rédaction, c’est la charte : des faits sourcés, une pastille sur les idées citées, pas sur l’auteur. Cette enquête n’est pas une pige. Elle n’ouvre pas droit à une carte. Celui qui l’écrit n’occupe pas un siège dans l’assemblée des journalistes.

On ne se décrit pas comme une rédaction de plus, avec une couleur à deviner. Le travail est de montrer les trous des autres décomptes, y compris le nôtre.

11. La teneur d’un article ne donne pas la couleur d’un journaliste

On peut décrire la teneur d’un texte : les faits choisis, les mots, les gens cités, ce qui manque. Cette teneur est une couleur du texte, estimée, à recouper. Elle n’est pas la couleur de la personne qui signe. Un article ne dit pas pour qui son auteur vote. L’affaire Charles Sapin, à France Inter en septembre 2026, met cette limite au premier plan : le conflit a porté sur le journal qui l’emploie, et sur ce qu’il pourrait dire, plus que sur la lecture de ses éditos déjà diffusés.

Un article permet ceci : voir une ligne dans un texte public. Qui est nommé, qui ne l’est pas, quel mot revient. On peut alors poser une pastille sur les idées citées. La pastille éclaire le lecteur. Ce n’est pas une carte d’adhésion.

Un article ne permet pas ceci : coller cette pastille sur le journaliste, puis sur ses collègues, puis sur l’école qui l’a formé. Le texte d’un autre, écrit des années plus tôt dans le même journal, ne colore pas le nouveau venu. L’employeur non plus : une rédaction emploie des gens qui n’en partagent pas la une.

Garde-fou. Nommer la couleur politique d’une personne à partir de ses papiers, ce serait constituer un fichier d’opinions. C’est hors charte. On documente le débat public. On ne distribue pas les sièges.

Ce que l’affaire Sapin établit

Faits publics de l’affaire Charles Sapin, de la cassation de 2024 à la fin de l’édito en septembre 2026
DateFaitSource
La Cour de cassation rejette le pourvoi d’Erik Monjalous, directeur de la publication de Valeurs actuelles, et de Laurent Jullien, rédacteur de « Obono l’Africaine » (août 2020). La condamnation pour injure publique à caractère raciste, et complicité, devient définitive. Charles Sapin n’est pas dans cette procédure. Il rejoindra l’hebdomadaire deux ans et demi plus tard.franceinfo, 17 janv. 2024
L’Arcom met en demeure Radio France. De janvier à mars 2026, près de 60 % du temps de parole du Rassemblement national sur France Inter, et plus de 70 % sur France Info, ont été diffusés entre minuit et 5 h 59. L’objet mesuré est le temps de parole de personnalités politiques, pas la teneur des articles d’un chroniqueur.Arcom, communiqué du 11 juin 2026
RFI décrit une levée de boucliers à France Inter : Charles Sapin, venu du Figaro et du Point, tout récent directeur adjoint de Valeurs actuelles, tient l’édito politique du dimanche matin. Une partie de la rédaction menace de grève. RFI note que ce n’est pas l’ancien journaliste du Point qui est visé en tant que tel, mais son journal. Selon la même chronique, la direction y voit un signe de pluralisme, et rappelle que d’autres chroniqueurs viennent de titres classés à gauche.RFI, 4 sept. 2026
Céline Pigalle, directrice de France Inter, dit à la médiatrice de Radio France avoir voulu un édito porteur des « idées et valeurs de la droite républicaine ». Elle dit avoir pensé à Charles Sapin lorsqu’il était encore au Point, puis avoir appris son départ vers Valeurs actuelles. Elle rapporte ses mots : il aurait été appelé pour changer la ligne, tourner la page des provocations, rendre le titre « honorable ». Elle dit ne pas s’être arrêtée au symbole.La Médiatrice, Radio France
Après deux éditos diffusés et deux journées de grève, Charles Sapin annonce que France Inter supprime le rendez-vous. Il a refusé de le transformer en débat. Sur X, il parle de « censure préventive » : s’indigner de ce qu’un chroniqueur n’a pas prononcé. La direction confirme avoir proposé un débat, qu’il a décliné. Manuel Bompard (La France insoumise) répond que le directeur adjoint d’un journal qu’il présente comme condamné pour haine raciale n’a pas sa place sur le service public. La décision de 2024 vise deux personnes du titre, pas Charles Sapin.France 24 / AFP, 19 sept. 2026

Deux lectures, côte à côte

Deux lectures de la couleur disputée dans l’affaire Sapin, sans siège attribué
NotionPremière lectureSeconde lecture
D’où vient la couleurLa direction a créé un créneau pour la droite républicaine, et elle a nommé un journaliste qu’elle jugeait sérieux. La couleur est un choix de grille, pas le résultat d’une lecture de corpus.La couleur vient du titre : Valeurs actuelles, sa condamnation définitive de 2024, et, selon RFI, un actionnaire qui veut peser sur 2027. Le nom sur la porte suffit.
Ce qui a été luDeux éditos ont été diffusés. Charles Sapin dit que le troisième a été empêché avant qu’il parle. On juge une parole qui n’a pas eu lieu.Le personnel et une partie de la gauche disent que le problème n’est pas une phrase du dimanche matin. C’est l’employeur, et une condamnation qui ne le concerne pas personnellement mais qui marque le journal.
Ce que LMDPT en faitPastilles sur les idées disputées dans l’affaire : droite, service public, Rassemblement national lorsque l’Arcom en mesure le temps de parole.Pas de pastille « Charles Sapin ». Aucun siège à son nom. Ses deux éditos ne sont pas notés ici : le dossier n’en a pas fait le corpus.

12. Sources

Liens LMDPT

Enquête documentaire du Média du Premier Tour (ligne : la démocratie avant l’élimination). Synthèse de sources publiques : liste CPNEJ, inventaire Onisep, livre blanc de la Conférence des écoles de journalisme (2023), avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur (21 mai 2021), chiffres CCIJP, portrait Afdas, compte rendu d’audition de l’Assemblée nationale du 11 décembre 2025, entretien de Dominique Marchetti dans Sciences Humaines, communiqué de l’Arcom du 11 juin 2026, décision de cassation rapportée par franceinfo le 17 janvier 2024, chroniques RFI et de la médiatrice de Radio France, dépêche France 24 du 19 septembre 2026. Aucune donnée personnelle d’étudiant n’est traitée. Aucune couleur politique n’est attribuée à un journaliste nommé. Ce texte n’est ni un classement des écoles, ni un vote fictif de leurs diplômés, ni un avis sur la ligne d’un média.

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