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Analyse · Présidentielle 2027

« Union nationale » : le chef d'orchestre est choisi, les musiciens manquent

Analyse · La rédaction · 26 octobre 2026

Analyse · Rédigé le · Mise à jour

ParlementarismeCulture de coalitionConstitutionnalisme

Couleur(s) d’idées (transparence) : Parlementarisme · Culture de coalition · Constitutionnalisme — On gouverne avec une majorité de députés, construite et assumée avant le vote.

Dimanche 25 octobre à Orléans, Marine Le Pen a promis, si elle est élue au printemps, un gouvernement « d'union nationale » et « pluraliste ». Dans le même discours, elle a confirmé qui le dirigerait : Jordan Bardella. Le chef est donc nommé avant les partenaires. Et derrière la promesse, il y a une addition. Pour gouverner à l'abri d'une motion de censure, il faut 289 députés. Le RN et son allié ciottiste en comptent aujourd'hui 138. Et en avril, le président des Républicains, Bruno Retailleau, a exclu toute alliance avec le RN.

Cette analyse défend une thèse : un gouvernement d'union nationale se négocie avec des partenaires qui ont dit oui, sur un programme et un nom. Promettre l'union en ayant déjà choisi le chef, sans partenaire déclaré à part un allié de 2024, c'est un recrutement, pas une union. Et la question vaut pour tous les candidats : avec quels députés gouvernerez-vous ? C'est une opinion de la rédaction. Les faits sont sourcés ci-dessous.

La démocratie avant l’élimination.

Aquarelle d'une estrade de chef d'orchestre vide, une baguette posée sur le pupitre, face à des chaises de musiciens inoccupées et des partitions, sous une lumière d'automne.

Ce qui a été promis à Orléans

Le cadre, d'abord. Le RN tenait son congrès les 24 et 25 octobre à Orléans. Samedi, Jordan Bardella, seul candidat, a été réélu président du parti avec 98,98 % des voix des votants [2]. Dimanche, Marine Le Pen prononçait son premier grand discours de campagne [1][3].

Elle a promis un gouvernement « d'union nationale » et « pluraliste », un « gouvernement ouvert », justifié par « la situation d'un pays fracturé » [1]. « L'État que nous voulons ne sera pas RN mais ce sera une œuvre collective, une œuvre, certes patriote, mais pas partisane », a-t-elle dit [1]. Et elle a confirmé qu'elle nommerait Jordan Bardella « chef de l'orchestre gouvernemental » [1].

Le seul partenaire visible sur scène, c'était Éric Ciotti, l'ancien président des Républicains allié au RN depuis 2024, invité à ouvrir le meeting : « Je suis à tes côtés, avec détermination » [3]. Marion Maréchal, elle, était dans les gradins. Marine Le Pen dit qu'elle participera à la campagne, mais explique son absence de la tribune par le fait qu'elle n'a « pas de groupe de députés à l'Assemblée nationale » [3].

L'union, c'est d'abord une addition

« Union nationale », ça sonne comme une main tendue. En pratique, c'est surtout un problème de calcul.

Sous la Ve République, le président nomme le Premier ministre (article 8 de la Constitution). Mais le gouvernement répond devant l'Assemblée nationale : si une motion de censure réunit la majorité des députés, il doit partir (articles 49 et 50) [4]. Sur 577 sièges, cette majorité, c'est 289 voix. Un gouvernement minoritaire peut tenir tant que les oppositions n'atteignent pas ce chiffre ensemble. Mais avec 289 soutiens, la censure devient impossible. C'est ça, la majorité absolue.

Dans l'Assemblée d'aujourd'hui, le groupe RN compte 121 membres (dont 3 apparentés) et l'UDR, le groupe d'Éric Ciotti, 17 [5]. Total : 138. Pour atteindre 289, il en manque 151.

Bien sûr, cette Assemblée-là peut changer. Un président élu peut la dissoudre dès son entrée en fonction. Les élections ont alors lieu 20 à 40 jours plus tard, et il ne peut pas y avoir de nouvelle dissolution dans l'année qui suit (article 12) [4]. Une étude du Centre Jacques Delors, publiée le 8 octobre, estime que ces législatives pourraient se tenir début juin au plus tôt [6]. C'est le pari du RN : une victoire à la présidentielle, puis une majorité absolue aux législatives. Au printemps déjà, L'Opinion notait que Jordan Bardella et son entourage se disaient « les seuls capables d'arracher une majorité absolue » [7]. Le journal rappelait aussi qu'en 2024, 143 députés du RN et de son allié ciottiste avaient été élus, « loin de l'objectif majoritaire » [7]. Ce chiffre de 2024 et les 138 d'aujourd'hui ne datent pas du même moment. Le même article rapportait, en mai, que le RN comptait organiser un référendum sur l'immigration le même jour que le premier tour des législatives, pour mobiliser son électorat [7].

Voilà pourquoi la question des alliés se pose : si la majorité absolue ne vient pas seule, il faudra en trouver.

Des alliés, mais lesquels ?

C'est là que la promesse devient floue. Une union se fait à plusieurs. Or, à droite, la réponse publique la plus nette est un non.

À droite, le président des Républicains, Bruno Retailleau, a été clair dès avril : Marine Le Pen et Éric Zemmour « seront mes adversaires ». Une alliance avec le RN ? « Jamais on ne l'a fait. Pourquoi on le ferait demain ? » [8]. Lui veut « l'union des droites par les électeurs, dans les urnes », pas par les partis [8].

Le RN, de son côté, s'adresse surtout aux électeurs et aux « orphelins » de la droite. En octobre 2025, Jordan Bardella tendait déjà la main aux « orphelins de la droite », mais pas à Bruno Retailleau, qui s'était selon lui « fondu dans le macronisme » [9]. Le 23 octobre dernier, sur Europe 1, le député RN Sébastien Chenu lançait aux électeurs de Bruno Retailleau et de David Lisnard : « venez directement avec nous », selon l'extrait relayé par La Dépêche [10].

Bref, vue d'ici, l'« union nationale » version Orléans ressemble davantage à un appel aux électeurs qu'à un accord entre partis. C'est un choix politique qui se défend. Mais ce n'est pas tout à fait ce que le mot « union » laisse entendre.

Le chef est déjà nommé, et contesté

Dans un gouvernement d'union, le choix du Premier ministre fait souvent partie de la négociation. Ici, il est réglé d'avance.

Ce chef d'orchestre est aussi, depuis fin septembre, visé par des accusations qu'il conteste [13]. Selon Mediapart, des messages antisémites envoyés en 2013 sur Facebook Messenger seraient de Jordan Bardella. Le 1er octobre, Mediapart a publié des captures d'écran et indiqué avoir fait authentifier l'historique de ces échanges par un huissier de justice [11][12]. Jordan Bardella « conteste formellement » ces accusations : « Je n'ai jamais tenu ces propos ignobles et antisémites », a-t-il déclaré sur LCI le 8 octobre [13]. Il a déposé une plainte pour diffamation « avec constitution de partie civile », que le parquet de Paris a confirmé avoir reçue, et a annoncé le 1er octobre une plainte pour faux et usage de faux [12][13]. Les sources consultées ne mentionnent aucune décision de justice. Dimanche, Marine Le Pen a maintenu son choix « malgré les accusations », note franceinfo [1].

Deux outils pour se passer d'une vraie coalition

Le discours d'Orléans contenait deux autres pistes, qui en disent long sur la façon dont le RN compte gouverner.

D'abord, la proportionnelle « avec prime majoritaire », rappelée dimanche selon Les Échos [3]. Expliquons. La proportionnelle, c'est attribuer les sièges selon le pourcentage de voix de chaque liste. La « prime », c'est un bonus de sièges donné à la liste arrivée en tête, pour qu'elle obtienne plus facilement la majorité. Autrement dit, selon l'ampleur de ce bonus, qui n'a pas été détaillée, moins besoin de partenaires.

Ensuite, le référendum. Selon Les Échos, plusieurs mesures du programme (sur l'immigration, la préférence nationale, la suppression du droit du sol) sont contraires à la Constitution, et Marine Le Pen veut la modifier par référendum, sans passer par le Parlement [3]. L'étude du Centre Jacques Delors décrit la méthode envisagée : le RN veut passer par l'article 11 de la Constitution, qui prévoit des référendums sur certains projets de loi, plutôt que par l'article 89, la procédure normale de révision, qui exige d'abord le vote du même texte par l'Assemblée et le Sénat [4][6]. Cette voie est contestée, car l'article 11 ne vise pas, en principe, les révisions de la Constitution [6]. Or, au Sénat, le groupe qui réunit les élus RN et UDR (il s'appelle, ça ne s'invente pas, « Union nationale pour les Territoires ») compte 15 sénateurs sur 348 [16][17]. Avec l'article 89, il faudrait donc l'accord des sénateurs de droite et du centre, ce que l'étude juge irréaliste [6]. L'article 11 permettrait de se passer de ce feu vert, au risque, selon Les Échos, d'un « bras de fer juridique avec le Conseil constitutionnel » [3].

Une union nationale, donc, mais accompagnée de deux outils pensés pour avoir moins besoin de la négocier.

Les autres ne sont pas plus clairs

Soyons justes : le RN n'est pas le seul à parler de rassemblement. Les Échos le notent en une ligne : « Elle n'est pas la seule à le dire » [3].

Édouard Philippe propose un rassemblement de la droite et du centre pour la présidentielle et les législatives. Bruno Retailleau l'a refusé par lettre le 13 octobre, préférant « la confrontation franche » des projets, et Gabriel Attal avait déjà décliné [14]. À gauche, Raphaël Glucksmann a fermé la porte à La France insoumise : « C'est tranché, c'est fini, il n'y aura pas d'alliance » [15]. Marine Tondelier, elle, refuse « le concept des gauches irréconciliables » [15]. Et selon La Dépêche, Bruno Retailleau et David Lisnard ont évoqué ensemble, lors d'un déjeuner le 21 octobre, une candidature unique à droite [10].

Résumons. Marine Le Pen a nommé son Premier ministre et affiche un allié. Édouard Philippe propose une alliance que ses voisins refusent. Raphaël Glucksmann dit avec qui il ne s'alliera pas. Dans les sources consultées, aucun n'a encore présenté une liste de partenaires capable d'atteindre 289 députés.

L'opinion de la rédaction

Cette analyse défend une thèse : un gouvernement d'union nationale se négocie avec des partenaires qui ont dit oui, sur un programme et un nom. Promettre l'union en ayant déjà choisi le chef, sans partenaire déclaré à part un allié de 2024, c'est un recrutement, pas une union. Et la question vaut pour tous les candidats : avec quels députés gouvernerez-vous ? C'est une opinion de la rédaction. Les faits sont sourcés ci-dessous.

Courants que cette analyse rejoint

  • Parlementarisme : on gouverne avec une majorité de députés, construite et assumée avant le vote.
  • Culture de coalition : une union se négocie, programme et nom compris, avec des partenaires qui disent oui.
  • Constitutionnalisme : une révision de la Constitution passe par la procédure prévue pour ça (article 89), pas par un raccourci.

En tension avec : la stratégie de la majorité absolue à tout prix (prime majoritaire, référendum de l'article 11), et plus largement le « rassemblement » sans partenaires, quel que soit le camp qui le promet.

Sources

Consultées le 25 octobre 2026.

Presse, institutions et textes officiels

Les faits sont sourcés ci-dessus, consultés le 25 octobre 2026.

Liens LMDPT

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